LANGUAGE

Rechercher un article

De la réponse d’urgence aux systèmes alimentaires résilients en Yangambi

EN, FR
8 min de lecture
S’appuyant sur des investissements paysagers à long terme, FORETS-Food améliore la sécurité alimentaire, la nutrition et les moyens de subsistance dans la province de la Tshopo en RDC.
Récolte de poivrons verts dans un Champ Ecole Paysan du paysage élargi de Yangambi, où les agriculteurs renforcent la sécurité alimentaire grâce à des pratiques adaptées localement. Photo : Axel Fassio / CIFOR-ICRAF

L’insécurité alimentaire demeure une réalité quotidienne pour de nombreux ménages dans la province de la Tshopo, en République démocratique du Congo, où le manque d’infrastructures et les chocs climatiques perturbent la capacité des populations à produire de la nourriture et à accéder aux marchés. En réponse ; des efforts d’urgence ont été lancés en 2023 afin de stimuler la productivité agricole à court terme, tout en renforçant les chaînes de valeur locales.

Le projet « FORETS-Food » est fondé sur plus d’une décennie d’engagement du Centre de Recherche Forestière internationale et du Centre International de Recherche en Agroforesterie (CIFOR-ICRAF) dans le paysage d’engagement de Yangambi (YEL); une initiative de long terme façonnée par des investissements soutenus de la Commission européenne, avec la participation actuelle du Ministère britannique des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement, de GoodEnergies Foundation, de la Coopération belge et bien d’autres bailleurs. Cette continuité a permis de répondre rapidement aux besoins alimentaires immédiats tout en renforçant les systèmes qui soutiennent la résilience à long terme.

Fournir de la nourriture à grande échelle

Au cours de trois saisons agricoles, le projet FORETS-Food a appuyé la plantation de près de 2 000 hectares de denrées de base, produisant environ 3 650 tonnes de denrées alimentaires, notamment du maïs, du riz, du manioc et des légumineuses. Parallèlement, environ 400 jardins potagers familiaux ont été établis afin de diversifier les régimes alimentaires grâce aux légumes. 

Dans l’ensemble, le programme aurait eu un impact positif sur environ 60 000 personnes, grâce à une meilleure disponibilité alimentaire, une nutrition améliorée et de nouvelles opportunités de revenus.

« L’approche était volontairement pragmatique », a déclaré Paolo Cerutti, coordonnateur de l’équipe CIFOR-ICRAF à Yangambi. « L’équipe a joué le rôle d’un maillon fondamentalement manquant des services de vulgarisation, en formant et en travaillant avec des réseaux de moniteurs locaux ; en grande partie issus des écoles agricoles rurales locales et en atteignant des agriculteurs produisant des cultures habituelles, utilisant des intrants disponibles localement et des cycles de production courts, afin d’accroître l’approvisionnement alimentaire le plus rapidement possible. »

Les Champs- Ecoles- Paysans comme moteur de mise en œuvre

Une grande partie de ce travail a été effectuée par un ensemble de 26 Champs -Ecoles -Paysans (CEP) qui se sont développés au fil du temps et ont constitué de base à la mise en œuvre du projet FORETS-Food. Ces Champs- Ecoles -Paysans combinaient des parcelles de démonstration, d’apprentissage entre pairs et de formation pratique aux pratiques agroécologiques, sélection des semences, gestion des sols et lutte contre les ravageurs.

Le réseau des CEP a permis d’atteindre environ 900 agriculteurs, dont plus de 800 ont bénéficié d’une formation structurée. Les agriculteurs ont testé les pratiques directement dans leurs champs, les adaptant aux conditions locales et partageant les résultats avec leurs voisins.

Participants listen to a presentation during a NutriScapes workshop on nutrition and food systems in Yangambi, Democratic Republic of the Congo.
Des participants assistent à un atelier NutriScapes à Yangambi, dans la province de la Tshopo, où les discussions portent sur la nutrition, les systèmes alimentaires et les chaînes de valeur locales. Photo : Axel Fassio / CIFOR-ICRAF .
Un facilitateur anime une session d’atelier NutriScapes à Yangambi, engageant les agriculteurs dans des discussions pratiques sur l’alimentation, la nutrition et les moyens de subsistance. Photo : Axel Fassio / CIFOR-ICRAF.

« Pour nous, les Champs – Ecoles- Paysans ne se limitent pas à l’enseignement de techniques », a déclaré Julianus Thomas, qui travaille en étroite collaboration avec les agriculteurs du paysage. « Il s’agit de renforcer la confiance. Les agriculteurs apprennent à observer, tester et améliorer leurs pratiques saison après saison, et les résultats sont visibles dans leurs champs. »

Des participants examinent différentes cultures vivrières lors d’un atelier NutriScapes à Yangambi, dans la province de la Tshopo, en RDC. Photo : Axel Fassio / CIFOR-ICRAF

Au-delà de la production : Nutrition, Revenus et Marchés

Le projet « FORETS-Food » a également travaillé au-delà de la production pour renforcer les systèmes de semences et d’alimentation aux niveaux des ménages et des communautés. Les potagers familiaux ont amélioré l’accès aux légumes, tandis que les récoltes excédentaires étaient vendues localement ou dans la ville voisine de Kisangani, générant des revenus que les familles utilisaient pour les soins de santé, la scolarisation ou le réinvestissement.

« Au-delà du cadre familial, vingt agriculteurs prometteurs ont également été formés en éducation financière et à la planification d’entreprise, dans le but de créer de futures entreprises agricoles. Les foires agricoles et les initiatives de commercialisation locale ont aidé les agriculteurs à entrer en contact avec des acheteurs, y compris à Kisangani, renforçant ainsi les liens entre les producteurs ruraux et la demande urbaine. »

« Ces activités vont bien au-delà des récoltes », a déclaré Cerutti. « FORETS-Food a été conçu pour répondre rapidement à l’insécurité alimentaire, mais toujours dans le cadre d’une stratégie paysagère à plus long terme visant à renforcer les systèmes de semences et d’alimentation fondamentaux. »

Consolider les acquis et renforcer la résilience

Afin de réduire les pertes aux stades de production et d’après-récolte, environ 1 000 agriculteurs ont été formés à la gestion des ravageurs et des maladies, aux protocoles améliorés pour la production de bananes et de cultures maraîchères, ainsi qu’à la manutention post-récolte. Tout aussi important, l’équipe du projet a mis en place un réseau de communication entre les membres des Champs -Ecoles- Paysans (CEP).

“Les ravageurs et les maladies varient selon les saisons et les cultures”, a expliqué Thomas. “Grâce à des canaux de communication ouverts, les agriculteurs peuvent détecter les problèmes plus tôt, partager leurs expériences et ajuster les solutions en temps réel.”

Avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), cinq moulins ont été fournis afin d’améliorer l’efficacité de la transformation, et des centres post-récolte ont été implantés à Yangambi et à Yanonge.

Les systèmes alimentaires dans un paysage connecté

Alors que FORETS-Food s’est concentré sur la sécurité alimentaire, ses activités ont été conçues pour s’intégrer dans le paysage d’engagement plus large de Yangambi, aux côtés des travaux sur l’agroforesterie, le bois-énergie durable, la nutrition, le développement des entreprises et la sensibilisation communautaire.

Dans ce contexte, FORETS-Food constitue à la fois une réponse aux besoins urgents et une pierre angulaire pour l’avenir. Les systèmes alimentaires renforcés qu’il a contribué à mettre en place alimentent désormais des efforts plus vastes visant à développer des bioéconomies interconnectées, où l’alimentation, l’énergie, les sols et les moyens de subsistance se renforcent mutuellement à l’échelle du paysage.


Remerciements

A propos du paysage d’engagement de Yangambi : Depuis 2007, CIFOR-ICRAF travaille dans le paysage de Yangambi afin de faire progresser la recherche forestière et agroécologique, le développement local et la conservation. Notre objectif est de soutenir l’entrepreneuriat, l’innovation, la recherche et la gestion des ressources naturelles pour transformer le paysage de Yangambi en un lieu où les forêts contribuent au bien-être durable des communautés locales.

L’article ci-dessus est produit dans le cadre du projet 2023–2026 Production durable et résilience pour la prévention des crises alimentaires dans le paysage de Yangambi(FORETS-Food) mis en œuvre par CIFOR-ICRAF avec le financement de l’Union européenne, et qui vise à accroître la sécurité alimentaire dans le paysage de Yangambi en améliorant la production et les récoltes des cultures largement cultivées, en promouvant la diversification des cultures et en mettant en œuvre des mesures post-récolte.

Pour plus d’informations, visitez : www.cifor-icraf.org/yangambi-engagement-landscape/ and www.yangambi.org/en/